Le travail, la communauté, et l'isolement

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Barn Raising Photo par Randy Fath sur Unsplash

« Dans les sociétés traditionnelles, le travail quotidien rendait service à la communauté, fortifiait sa cohésion sociale, et gagnait un respect public pour le travailleur… »

Une théorie de la sociologie économique de Karl Polyani 1 souligne le travaille moderne comme source d’isolement et de dés-intégration communautaire dans notre société :

« lorsque les gens deviennent des travailleurs salariés… leur travail est séparé (”disimbedded”) de leur matrice sociale, et ils perdent les valeurs héritées et leur identité culturelle … ils travaillent pour l’argent nécessaire pour la survie. »

Dans le passé, le travail était enfoncé dans la vie communautaire, de plusieurs façons, mais aujourd’hui, notre travail est séparé de la communauté, et sert principalement à des fins individuels : gagner l’argent nécessaire pour vivre. En fait, ce dernier est devenu l’un des objectifs principaux de la vie Québécoise et occidentale. Dans les mots de Mathieu Bélisle, « il semble que notre existence, que notre imagination et nos désirs ne soient plus appelés à servir que deux fins précis hors desquelles il n’y a point de salut : la production et la reproduction. » (C’est à dire, le travail, et la famille.)2

Polyani suggère que nous devrions chercher des façons de réintégrer le travail dans notre contexte sociale et communautaire. Il est en train de repenser tout notre système économique, ce qui est quand même en dehors de la portée de ce blogue, mais existe-t-il des manières de travailler et de vivre, et pour, et dans, notre communauté?

Pour certaines professions, c’est clair que oui. Par exemple, ma soeur est pharmacienne. Dans son milieu de travail elle est toujours en contact avec les membres de sa communauté, et l’une de ses responsabilités est de interagir avec ces gens. Je ne sais pas à quel point elle a le temps de développer des relations approfondies avec eux, mais il n’est pas difficile à imaginer que ce type de profession pourrait se modifier pour prioriser les relations – alors nos choix de profession peut bien influencer notre intégration communautaire.

Un autre choix, qui est souvent peu considéré dans notre monde, surtout dans les grandes villes, est d’habiter près de son travail. Il est bien plus probable que nous vivions une vie intégrée dans la communauté si nous ne passons pas 40 heures par semaine très loin d’elle, sans compter le temps dans la voiture pour s’y rendre à tous les jours. Pour plusieurs, les coûts de l’hébergement en ville rendent difficile cette option. Par contre, des fois la communauté prend des sacrifices. Ma femme et moi avons décidé d’acheter une maison plus petite que nous aurions pu (une maison en rangée) pour pouvoir rester plus près de notre travail. Au niveau communautaire, ce choix a eu des avantages aussi : nous voyons nos voisins beaucoup plus souvent qu’en banlieue, et vue que notre cour est très petite, la famille passe beaucoup de temps au parc situé en face, où nous avons appris à connaître plusieurs familles du quartier.

(Petit mot à côté : ce principe s’applique également à l’église : il serait bien plus facile de développer la communauté chrétienne si nous vivions tous en proximité de nos lieux de rassemblement!)

J’ai vu cette semaine un article au CBC qui soulignait une risque de solitude relié au télétravail. Certes, si chacun reste chez lui pour travailler, on perd beaucoup d’interaction sociale. Mais s’il y en a plusieurs qui travaillent à distance, mais qui habitent le même voisinage, pourquoi pas travailler à distance, ensemble? Ensemble dans un lieu public comme un café, ou en s’accueillant les uns les autres chez nous pour travailler?

De sa part, Polyani suggère un changement plus radical pour réintégrer les vies de travail et de communauté : un changement de notre compréhension du but du travail même :

« Ce qui doit arriver, d’après Polyani, est un ré-enfoncement de l’activité économique dans les relations sociales des gens… Ici, la motivation de leur travail ne serait pas d’augmenter leur profit personnel, mais plutôt de contribuer au progrès de leur communauté, et d’assurer leur propre bien-être dedans. »

Autrement dit, il y a des plus grandes priorités dans la vie que le salaire et le bien-être économique – une idée aussi très biblique, et un correctif très nécessaire dans une société si matérialiste.

1: Gregory Baum, Religion and Alienation, Novalis, 2006, p. 238f

1: Mathieu Bélisle, Bienvenue au pays de la vie ordinaire, Lémac, 2017, p. 2

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